La culpabilité de manger – Le témoignage de Nouchka Simic

J’aimais manger, depuis toujours. Des beignets au Nutella à la récréation, des kebabs le midi, des gâteaux dans le tiroir de la maison en rentrant et je suppliais ma mère d’aller au Mcdo dès que je le pouvais… Jeune, insoucieuse, et juste vivante comme les jeunes de mon âge, normalement, je profitais de manière inconsciente de chaque moment autour de la nourriture comme un instant de partage et d’échange, convivial, heureux.

Ce rapport plaisant avec la nourriture a prit un tout autre tournant lorsque je suis tombée dans les troubles alimentaires. Plus je me privais, et donc moins je mangeais, plus je maigrissais, et plus la maladie m’enfonçait. J’avais l’impression que manger, c’était trahir ma maladie. Cette maladie, qui elle seule me comprenait, qui elle seule savait être tendre et délicate avec moi, alors qu’en faite elle m’enfonçait un peu plus chaque jour vers les abysses. La culpabilité de manger s’est donc immiscée dans mon quotidien jusqu’à vivre à mes crochets. J’étais persuadée qu’en mangeant, j’allais trahir ma maladie, que j’allais grossir. Et si je grossissais, on penserait que je ne suis plus malade. Et si je n’étais plus anorexique, qui serai-je ? Je n’aurai plus aucune identité. Je serais perdue dans cette immensité terrifiante de la vie, sans carte d’identité, sans but (puisque mon unique but était juste d’être toujours plus maigre, seule, triste, jusqu’à la mort).

Il y arrive un jour où la maladie nous met au pied du mur et où nous n’avons plus que deux issues possibles : la mort ou la vie. La mort viendra en suivant le schéma auquel on répond en temps qu’anorexique. La vie surgit de la volonté d’essayer, essayer d’être quelqu’un, d’être meilleure, d’être heureuse pour soi en premier lieu puis pour les autres.

J’ai entamé alors un long processus : hospitalier, médical, psychiatrique, thérapeutique, sous toutes ses formes. Et je me suis autorisée à rêver de nouveaux horizons, dessiner de nouveaux objectifs dans ma mémoire. Je me suis autorisée le droit de trahir ma maladie pour avoir envie de devenir quelqu’un d’autre, sans elle.

Pour m’aider à me détacher de cette culpabilité de manger, j’ai cherché des solutions, et je les ai en parti trouvées dans le partage. Je me suis rendue compte qu’un repas en famille et des rires échangés au cours de celui ci me faisaient plus chaud au cœur qu’un repas seule à heures précises, enfermée dans la froideur de la maladie. Petit à petit, j’ai cherché à « rééduquer » ma sociabilité. Je suis allée vers les autres, accepté des rendez-vous, des échanges, jusqu’à être assez sure de moi pour en proposer à mon tour. Je me suis ouverte aux autres et à moi même, j’ai accepté le poids pris car ce poids était la clé de mon épanouissement.

Aujourd’hui, ma culpabilité a disparue, parce que je ne vois plus les repas comme un fardeau qui va me faire grossir mais comme un moment social et agréable où je pourrais développer mon assurance, mes relations, mes ambitions. Et que manger me donne la force de réaliser les rêves que je m’étais imaginé, qui sont désormais des objectifs à atteindre et qui seront, bientôt, je l’espère, des accomplissements de ma vie.

J’ai longtemps culpabilisé de manger, car je n’avais pas d’autre identité que la maladie qui me consumait. Mais j’ai ravivé la flamme de ma vie et aujourd’hui je me suis crée une facette authentique, unique, semblable à aucune autre puisque je suis simplement moi même, dictée par aucune maladie ni psychose. Juste par mes rêves et mes envies.  

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