La néophobie alimentaire

1. Définition

Il s’agit de l’émergence d’un sentiment de peur à l’idée de consommer un aliment inconnu. La personne concernée aura tendance à trouver mauvais tout nouveau aliment et aura une grande réticence à goûter un aliment qu’elle ne connaît pas. Il peut y avoir plusieurs niveaux d’intensité dans la néophobie alimentaire de la simple appréhension de goûter à un rejet total de tout aliment inconnu. Ce phénomène touche principalement les enfants dans une phase normale de développement. Mais cette phobie peut devenir problématique et se prolonger à l’âge adulte dans certains cas. Notons que tous les enfants ne sont pas concernés, mais que 77% d’entre eux, de 2 à 10 ans passent par cette période de quelques semaines à quelques mois. C’est donc un comportement parfaitement normal et généralisé chez l’enfant. Durant cette période, vous entendrez à tour de bras votre progéniture vous rabâcher des « beurk », « je n’aime pas », « ce n’est pas bon »… Pour la majorité, l’attirance sera au profit des aliments nutritifs, riches en sucres et/ou en matières grasses avec un rejet des aliments acides et amers, mais ce n’est pas une généralité.

2. Comportements relatifs

La néophobie alimentaire se manifeste par le fait de trier les aliments mélangés, de tourner et retourner les aliments avec la fourchette dans l’assiette, d’examiner les aliments, de grimacer à la vue de ceux-ci. L’enfant peut refuser l’aliment sans le goûter, le sentir puis repousser son assiette, détourner la tête et refuser d’ouvrir la bouche. Il peut mâcher longuement après avoir accepté d’introduire l’aliment dans sa bouche, de le recracher voir de le vomir s’il est forcé d’avaler.

3. Les causes

La principale raison n’est autre qu’un phénomène de protection et de survie qui est une étape normale du développement physiologique du goût. Naturellement, l’enfant a un rejet des produits amers qui caractérisent de manière générale les poisons et toxiques. Nous observons ce phénomène également chez les autres animaux omnivores. En effet, le petit devient autonome, il développe un mécanisme de protection pour se protéger au niveau sanitaire en restant dans la consommation d’aliments qu’il connaît pour éviter de s’intoxiquer. Cela est parfaitement normal. Donc rappelez vous que ce n’est pas un caprice, loin de la, votre enfant n’est pas difficile, et le disputer ne ferait qu’aggraver les choses.

Certains évoquent aussi la période normale de l’opposition aux parents et de la « phase du non ». L’enfant comprend dès ses plus jeunes années qu’il peut avoir main mise sur ses parents via son comportement alimentaire. Il est alors le devoir du parent de rester parfaitement neutre. Sinon les repas deviennent source d’angoisse autant pour l’enfant que les parents. Plus le parent répond par la contrainte et plus l’enfant se fermera à la nourriture.

Enfin, cela peut être un symptôme d’une détresse psychologique, notamment si cette phase débute après certains événements tels qu’un déménagement dans une nouvelle maison, des parents qui se disputent violemment et/ou régulièrement, l’entrée à la crèche ou à l’école, l’arrivée d’un nouveau bébé, …

4. Qu’est ce que la nouveauté pour l’enfant ?

Virginie Soulet, psychologue, met en garde sur le fait qu’un aliment nouveau pour l’enfant n’est pas forcément un aliment qu’il n’a jamais goûté. Ce peut être aussi un aliment que l’enfant connaît mais présenté sous une forme ou une texture inhabituelle pour lui. Prenons l’exemple de la purée de carottes consommée sans problème en petit pot. Elle peut devenir problématique le jour où la carotte lui est présenté sous forme crue et râpée. Dans cette forme il peut ne pas la reconnaître et en avoir peur. La nouveauté pour l’enfant c’est quand il ne reconnaît pas l’aliment dans son goût mais aussi dans son odeur (si mélangé à d’autres aliments), sa forme, sa texture (cuit, cru, râpé, en morceaux, en rondelles, en soupe, en purée), sa température (froide ou chaude)…

5. Que faire ?

    • Faire goutter régulièrement de nouveaux aliments. Pour cela, découper et proposer dans l’assiette de l’enfant un tout petit bout de l’aliment, ainsi il ne se sent pas dans l’obligation de manger tout l’aliment et est plus en confiance sur la véracité du fait qu’on lui demande simplement de goûter.
    • Proposer un nouvel aliment à la fois, toujours en petite quantité et accompagné d’un aliment déjà connu et apprécié. Cela en prenant soin de faire une jolie présentation, de choisir des aliments qui sentent bons et sont faciles à manger.
    • Laisser l’enfant explorer la nourriture en oubliant nos bonnes manières qui ne sont que des normes sociales. L’enfant à besoin de mettre ses mains dans ce qu’il mange, de tripoter, sentir, patouillerC’est sa manière (complètement normale), de découvrir et s’approprier les aliments.
    • Proposer des ateliers culinaires à la maison, même aux plus petits, les laisser participer aux repas. En préparant l’aliment il va toucher, lécher ses mains, s’imprégner du goût et de l’odeur, se familiariser et ainsi manger plus facilement un aliment qu’il aura préparé lui-même.
    • Comme expliqué dans le point précédent, un même aliment peut être considéré comme nouveau par l’enfant selon la forme dans laquelle il se trouve. Il est donc judicieux de proposer un même aliment sous toutes ses formes (chaud, froid, cuit, cru…) mais en se rappelant bien que pour l’enfant il s’agira sûrement de différents aliments. L’idéal est d’espacer les dates auxquelles on présente ces aliments.
    • Amener l’enfant au marché, l’inclure dans la préparation des repas, lui proposer des activités en lien avec l’alimentation (faire un atelier jardinage, planter des aromates en intérieur, acheter un plant de tomates et en prendre soin, ramasser des fruits et légumes dans les fermes qui proposent de le faire soi-même, faire un atelier dans une ferme pédagogique…). L’enfant sera plus à même de consommer des aliments avec lesquels il s’est ainsi familiarisé.
    • Préparer les aliments du repas sans les mélanger. Les exposer sur la table dans des contenants distincts et laisser l’enfant faire ses propres mélanges, se servir seul de ce qu’il veut, même s’il est jeune. Ainsi, l’enfant se sentira rassuré par le fait d’avoir le choix et de prendre lui même la décision de se servir ou non.
    • Rester zen. Les parents ont un rôle prépondérant dans le bon déroulement de cette période. S’ils sont anxieux, qu’il y a des tensions à tables, des disputes avec l’enfant ou avec le(a) conjoint(e), etc.. L’enfant le ressentira et ne sera pas dans de bonnes conditions pour développer une confiance avec les aliments. On opte pour des repas conviviaux, relaxés, calmes, sans règlements de comptes, peut importe ce que l’enfant mange ou pas. Le lâcher-prise est important, un enfant (sans pathologie avérée) ne se laisse jamais mourir de faim. S’il ne mange pas ce qui est proposé ce n’est pas grave. Le disputer et le forcer aggraveront son comportement. La seule nécessité est de créer des conditions favorables au repas.
    • L’enfant fonctionne aussi par mimétisme. Passer à table avec l’enfant, ne pas le laisser manger tout seul. A table, si tout le monde goûte, mange du plat, exprime ses sensations et son avis constructif sur les aliments consommés, alors l’enfant se sentira rassuré et sera tenté de goûter. Faire attention à son discours sur les aliments en évitant les jugements de valeurs. Pour parler d’un aliment, il est préférable d’utiliser le « j’aime cet aliment parce qu’il est frais, acidulé, fondant, croquant… », plutôt que « cet aliment est bon parce qu’il continent tel ou tel nutriment… ».
    • L’image d’un parent au régime, qui fait des réflexions de jugement sur sa propre alimentation induit à fortiori un comportement perplexe de l’enfant vis à vis de son repas. Donc attention à votre comportement alimentaire et à la manière dont vous le communiquez à votre entourage. L’idéal étant de demander de l’aide à un professionnel si vous avez un doute sur le sujet.
    • Si vraiment l’alimentation est très restreinte à certains aliments que l’enfant mange exclusivement. Il est possible de lui proposer le repas qu’il connaît et aime à chaque repas, en l’incitant à goûter un petit bout d’un nouvel aliment. Si l’inquiétude est du côté des carences nutritionnelles, alors un échange avec le pédiatre pour éventuellement supplémenter est nécessaire. Cette décision doit être prise impérativement avec un avis médical, même pour les compléments en vente libre.
    • À partir de l’âge où l’enfant sait parler, il est très important de le faire s’exprimer sur ses peurs, ses émotions, ses sentiments et avoir recours à une communication non violente (Cf. Marshall Rosenberg – Les mots sont des fenêtres). Il est aussi possible de l’initier grâce à de petits livres pour enfants afin de lui apprendre à nommer ses émotions, pour échanger sur ce qu’il se passe dans sa tête au niveau des repas. La pratique de la méditation, de la pleine conscience peuvent être d’une grande aide aussi dans cette période.
    • Il est important de ne pas gronder l’enfant s’il ne mange pas mais ne pas le féliciter non plus s’il mange. Plus vous resterez calme et neutre et plus cette période passera rapidement. Ne surtout pas le priver de dessert, ce serait dramatique et mettrait le sucré sur un piedéstal, comme une récompense, un réconfort. Cela altérerait son comportement alimentaire pour l’avenir. Inciter l’enfant à respecter ses sensations de faim et satiété paraît plus judicieux, tout en le respectant s’il dit qu’il n’a pas faim, plus faim, envie de se resservir… Il sait s’auto-réguler.
    • Enfin, ne pas hésiter à s’entourer de l’avis d’un pédiatre ou de prendre rendez-vous avec un psychologue pour enfant ou un professionnel de la nutrition spécialiste du comportement alimentaire et/ou de la petite enfance. Le recours à des thérapies cognitives-comportementales montre de bons résultats.

Important

L’équilibre alimentaire ne se fait pas sur la journée, encore moins sur un repas, mais plutôt sur la semaine. Donc ne vous tracassez pas si un repas n’est pas équilibré au sens où vous l’entendez. La société et les recommandations de santé véhiculent des messages très stricts de ce qu’est l’équilibre alimentaire. Mais vous verrez qu’en interdisant rien, en ne diabolisant pas les aliments, en laissant l’enfant juger de ce qui est bon ou pas pour lui, son comportement alimentaire se régulera de lui même.

6. L’hyper-séléctivité

La sélectivité ou l’hyper-sélectivité sont l’aggravation de la néophobie alimentaire. Elle peut conduite à des troubles du comportement alimentaires graves et à des carences alimentaires. Il y a donc des conséquences physiologiques et psychologiques importantes. Dans ces cas, il est fortement conseillé d’avoir recours à un suivi avec un professionnel compétent comme un psychologue dans un premier temps.