L’hyperphagie nocturne

1. Qu’est ce que c’est ?

Une définition

Le trouble de l’alimentation nocturne (night-eating syndrome ou NES ou encore boulimie nocturne ou hyperphagie nocturne) consiste en une anorexie matinale, c’est à dire le fait de ne pas avoir faim et/ou de s’empêcher de manger le matin, une hyperphagie en fin de journée et une insomnie accompagnée d’une ou plusieurs prises alimentaires. C’est à dire le fait de se réveiller dans la nuit et de manger de grandes quantités. Pour résumer c’est une envie compulsive de se lever pour manger la nuit, sans être capable de refréner cette envie. C’est une maladie qui est classée dans le DSM-5 (Diagnostic and Statistical Manual of Mental Disorders) dans la catégorie des troubles de l’alimentation.

En soi il y a plusieurs types d’hyperphagies nocturnes : le fait de se réveiller dans la nuit à cause d’une sensation de faim puissante ou encore le fait de ne pas réussir à s’endormir et manger pour trouver le sommeil. Mais dans tous les cas il s’agit de manger la nuit. Ce comportement est souvent associé à une grande culpabilité car le repas du soir a souvent été pris et la personne culpabilise de « craquer » et de manger encore et encore.

Pour compenser cette culpabilité la personne va avoir tendance à se priver de manger la journée et de n’amorcer ses prises alimentaires qu’à partir de la fin d’après-midi / début de soirée. Mais la encore ce n’est pas le cas systématiquement. Dans tous les cas ce sont cependant souvent de très grandes quantités de nourriture qui sont consommées au dîner puis la nuit.

Certaines personnes mangent dans un état somnambulique alors que d’autres sont bien réveillées. Ce syndrome touche 1 à 2% de la population et environ 10% des personnes obèses selon Dr Patrick Serog – médecin nutritionniste. Les experts estiment que l’ingestion de nourriture est de plus de 25% de l’apport calorique quotidien après le repas du soir ou par l’alimentation pendant la nuit 2 fois ou plus par semaine.

Quelques faits issus de témoignages

Certains patients rapportent en être arrivés à « s’attacher à leur lit », « s’enfermer dans leur chambre ». D’autres encore expliquent avoir « l’impression d’être un somnambule qui se rend compte qu’il file au frigo mais sans avoir aucune maîtrise de son corps pour l’arrêter ».

Cela m’arrive de manger ponctuellement la nuit, qu’en est-il ?

Bien-sûr, si un soir vous n’avez pas mangé suffisamment et que vous êtes réveillé par la faim la nuit, pas de panique, c’est juste de la faim. Certains signes peuvent vous mettre sur la piste pour vous faire prendre conscience que votre comportement alimentaire est peut-être déréglé. Mais ces signes ne suffisent pas à poser le pronostic d’une boulimie nocturne. Pour cela une discussion avec votre médecin peut être nécessaire. Si vous-vous reconnaissez dans au moins 3 des propositions suivantes, n’hésitez pas à en parler pour trouver des solutions :

– Vous n’avez pas du tout faim en début de journée et ce jusqu’au repas du midi et il vous arrive au moins 4 fois par semaine de ne rien manger du tout de la matinée ;
– Vous avez une envie urgente et irrépressible de manger entre le souper et le coucher, pendant la nuit, ou les deux ;
– Vous souffrez d’insomnie au moins 4 fois par semaine ;
– Vous êtes convaincu que vous devez manger pour vous aider à vous rendormir ;
– Vous êtes déprimé en fin de journée et votre humeur se détériore au fur et à mesure que le soir se rapproche.

2. Quelles sont les causes ?

Restriction calorique et cognitive

Peuvent être en cause :

– des apports caloriques trop faibles en journée : plus on mange la nuit moins on a faim en journée et plus on se restreint la journée, plus le corps aura faim la nuit quand l’inconscient prend le dessus et active les instincts de survie pour répondre à l’hypoglycémie (au manque de sucre dans le sang) provoqué par les restrictions de la journée ;

– un repas du soir trop léger qui n’apportera pas assez de nutriments pour suffire au jeune nocturne : ainsi la sensation de faim dans la nuit manifestant votre besoin de vous alimenter pourra être assez importante pour vous réveiller et vous conduire au frigo. Mais la encore c’est souvent le résultat d’une restriction trop importante au repas du soir ou d’une activité physique trop importante en fin de journée avec un repas pas assez suffisant pour la compenser ;

– un cercle vicieux avec une volonté de compenser la journée : j’ai trop mangé la nuit, je vais prendre du poids et je culpabilise et donc je compense en sautant des repas la journée. Oui mais, en faisant cela vous entraînez un manque d’apport la journée qui fait que vous allez avoir très faim le soir et que vous allez manger en excès parce que vous vous serez retenu toute la journée et vous allez culpabiliser, ne pas manger le lendemain et ainsi de suite …

– la restriction cognitive entraînant de la frustration peut être une cause également : si l’on s’interdit de manger ce qui nous fait plaisir durant la journée, alors la nuit lorsque la volonté se relâche, les désirs non assouvis refont surface et vous mangez, sans vous en rendre compte parfois, sans pouvoir vous en empêcher.

Effet secondaire d’un traitement médicamenteux

Certains médicaments entraînent une faim accentuée la journée et même la nuit, si vous suivez un traitement médicamenteux particulier n’hésitez pas à en parler à votre médecin pour vérifier les effets secondaires et éventuellement trouver une autre molécule qui ne provoque pas de faim excessive. Si vous êtes diabétique sous insuline, pensez à discuter avec votre médecin du réglage de la dose d’insuline à administrer le soir.

De même un diabète non pris en charge peut induire ce que l’on appelle une hyperphagie de jour comme de nuit : c’est à dire une faim accentuée, si vous avez des prédispositions au diabète n’hésitez pas à parler de cette faim accentuée la nuit à votre médecin.

Une souffrance psychologique

Que ça soit la journée ou la nuit, beaucoup de personnes mangent pour s’apaiser. Et l’on remarque souvent que pour beaucoup, les angoisses, les détresses émotionnelles, les états dépressifs se manifestent ou sont exacerbés avec la tombée du jour. Et les compulsions en soirée et/ou nocturnes peuvent être un moyen de décompresser, de calmer, de réconforter. D’ailleurs les aliments consommés sont souvent ceux qui rassurent : le gras et le sucré.

Dans ce cas la prise de nourriture la nuit, symbolisée par la recherche de réconfort, l’impression d’être rassuré, calmé, vient la plupart du temps d’une grande souffrance psychologique. En réglant les problèmes de la journée, en laissant être les émotions que l’on ressent le jour on peut essayer de canaliser les angoisses de la nuit.

Un gène serait-il en cause ?

Des chercheurs ont identifié un gène chez la souris qui, lorsqu’il est désactivé entraîne une envie de manger chez les souris qui les empêche de dormir. Sur ces mêmes souris en comparaison avec les souris où le gène est activé (souris non malades) un régime alimentaire imposé n’apporte aucune prise de poids chez aucun des deux groupes de souris. Ces chercheurs ont découvert, qu’en cas de syndrome de fringale nocturne, la prise de poids est due à un accès facile et permanent à la nourriture et non pas à un facteur métabolique.

L’étude est disponible ici.

Cette découverte permet d’avancer, avec parcimonie car les résultats doivent être vérifiés chez l’humain, que dans certains cas la boulimie nocturne pourrait trouver sa cause dans le dysfonctionnement d’un gène.

3. Quels sont les risques ?

Les réveils nocturnes et insomnies à répétition ainsi que l’apport excessif de nourriture la nuit peut entraîner un dérèglement des cycles hormonaux et de ceux des neurotransmetteurs qui régulent le cycle nuit/jour. Le manque de sommeil impacte évidement de nombreuses fonctions vitales : un système immunitaire plus fragile, un système digestif affecté, un système de gestion des déchets du corps affecté. Plus en lien avec le manque de repos : un trouble de l’attention, un manque de concentration, de grosses fatigues la journée, une fragilisation de l’équilibre émotionnel se traduisant par des angoisses, des troubles de l’humeur…

Enfin, ce genre de comportement induit une restriction importante la journée entraînant l’entrée assurée dans le cercle infernal des désordres alimentaires, à cause d’une compensation se manifestant par une restriction importante la journée. Cela est renforcé par le fait que la personne perd de l’estime de soit en se voyant ne pas réussir à contrôler sa prise alimentaire et peut s’accuser de manquer de volonté ce qui dégrade son image d’elle même et induit une pression psychologique encore plus intense.

4. Quelques pistes de réflexion

Prendre conscience de ses actes 

Dans un premier temps il est important d’identifier les causes de ces compulsions nocturnes :
– un soucis de santé ou une prise médicamenteuse inadaptée ? ;
– une détresse psychologique qui trouve son apaisement dans la prise alimentaire nocturne ;
– une mauvaise gestion de l’alimentation la journée : des restrictions cognitives, des apports caloriques trop faibles ou mal répartis, une activité physique intense couplée à une récupération calorique mal gérée ?

Dans tous les cas si vous n’arrivez pas à déterminer les causes seul, n’hésitez pas à vous rapprocher d’un professionnel de santé compétent.

Se faire accompagner

Pour ce qui est de l’ordre alimentaire : vous pouvez consulter un professionnel de la nutrition pour vous aider à trouver à répartir les apports sur la journée pour ne pas avoir de faim physiologique la nuit. Vous pouvez commencer à revenir à l’alimentation intuitive pour respecter et honorer votre faim en journée pour ne pas avoir de compulsions liées à une faim excessive le soir ou la nuit. Le travail sur le comportement alimentaire est également (et surtout) nécessaire et salvateur.

Pour ce qui est de l’ordre psychique : vous pouvez consulter un psychologue pour trouver les causes d’une éventuelle insomnie et résoudre la faim psychologique et émotionnelle. Les thérapies cognitive-comportementales ainsi que les psychothérapies ont fait preuves de bons résultats.

D’autres pistes

Vous pouvez essayer de pratiquer de la luminothérapie pour rétablir les cycles jours / nuits impactés par les réveils nocturnes et le manque de sommeil.

Prenez garde à l’environnement de votre chambre à coucher :

– veillez à avoir un matelas et un sommier confortable, une chambre rangée avec le moins de meubles/ objets possible afin que les énergies puissent circuler, une chambre propre avec le moins de poussière possible ;

– veillez à ne pas avoir d’écrans ou d’appareils électroniques dans votre chambre à coucher et éteignez votre téléphone portable au moins une heure avant l’endormissement ;

– pratiquez une activité douce : la lecture d’un bon livre, l’écoute d’un CD de musique douce, la pratique d’une méditation ;

– essayez de créer un rituel apaisant et réconfortant avant d’aller vous coucher : vous pouvez boire une tisane de fleurs de lavande, faire diffuser quelques gouttes d’huile essentielle de mandarine rouge, vous masser avec un peu d’huile essentielle de camomille diluée dans de l’huile végétale au niveau du plexus solaire (pour les huiles essentielles : vérifiez les posologie et prenez garde de ne pas être allergique).

Évidemment si vous souffrez de troubles alimentaires nocturnes depuis longtemps, votre corps est habitué à se réveiller la nuit et risque de se réveiller encore régulièrement le temps que vous accomplissiez le travail dont vous avez besoin. Si les réveils nocturnes persistent après avoir commencer à vous faire accompagner alors, lors des réveils nocturnes pratiquez de grandes respirations profondes et calmes pour vous détendre. La méditation et la pratique de la cohérence cardiaque peuvent vous aider à vous rendormir.