Flore intestinale et anorexie mentale

Voici quelques informations issues d’une étude menée par l’équipe du Professeur Pierre Déchelotte, chercheur sur les troubles du comportement alimentaire.

Voici le lien vers l’étude en question : https://www.ncbi.nlm.nih.gov/pmc/articles/PMC6835841/

Information 1 : La composition de notre flore intestinale est directement influencée par les aliments que nous mangeons. Notre comportement alimentaire et notre appétit sont contrôlés, en partie, par des messages qui proviennent des habitants de nos intestin ! Les bactéries qui sont logées dans notre ventre produisent des molécules qui peuvent passer dans notre sang et jouer sur notre satiété, notre anxiété et notre système de récompense dans notre cerveau.

Information 2 : Les personnes souffrants de troubles nutritionnels comme l’obésité ou l’anorexie ont une flore intestinale différente des personnes qui n’ont pas de soucis alimentaires. Chez les personnes anorexiques il y a une bactérie qui est particulièrement présente. Son petit nom c’est Escherichia coli ou bien E. coli pour les intimes !

Information 3 : Notre cerveau fabrique naturellement une molécule qui signale à notre cerveau que nous n’avons plus faim, cette molécule on l’appelle α-MSH. Or la fameuse E. coli du microbiote des personnes anorexiques fabrique une molécule qui lui ressemble beaucoup, il s’agit de ClpB !

Information 4 : Les personnes souffrants d’anorexie ont un intestin perméable, c’est à dire que des substances qui sont dans notre intestin peuvent passer dans notre sang alors qu’en temps normal (quand la barrière intestinale intacte), l’accès leur est refusé ! Cette perméabilité intestinale est provoquée par le fait que notre corps manque de calories pour la renforcer quand on ne s’alimente pas assez.

Information 5 : ClpB produit par les bactéries intestinales peut passer dans le sang à cause de la perméabilité intestinale. Elle peut alors mimer les actions de α-MSH. Elle provoque ainsi un sentiment de satiété permanent en ayant plusieurs actions dans notre corps :

– sur notre cerveau en activant des zones responsables du sentiment de satiété ;

– et sur notre intestin en activant des structures qui produisent des substances responsables du rassasiement.

En résumé

La restriction alimentaire, c’est à dire le manque de calories ingurgitées liée à l’anorexie, altère la composition du microbiote. Il y a plus de bactéries E. coli dans notre flore intestinale. Ces bactéries produisent beaucoup de ClpB qui peut passer dans le sang à cause d’une perméabilité intestinale trop élevée. Une fois dans le sang ClpB se dirige dans notre cerveau pour activer des neurones qui provoquent le sentiment de satiété et empêchent le sentiment de faim et cela renforce l’anorexie. Les chercheurs pensent que des probiotiques particuliers (qui n’existent pas encore, ce n’est qu’à l’état de rechercher et encore, plutôt à l’état d’hypothèse !) pourraient être une piste de nouveau traitement pour l’anorexie. Mise en garde toute fois, l’anorexie mentale est une maladie complexe et multifactorielle et les chercheurs sont loin d’avoir élucidés tous les mécanismes de son fonctionnement. De telle sorte que, même si le microbiote est une piste de travail, il ne constitue pas à lui tout seul LA solution pour soigner l’anorexie mentale, loin, très loin de la.