Un parcours d’acceptation de soi – Inès Garland témoigne

Dans le parcours d’acceptation de soi, rien n’est jamais très évident. Dans ce témoignage, Inès Garland, la fondatrice et présidente de l’association Solidarité Anorexie Boulimie 54 se confie sur son histoire pour montrer à tout un chacun, que certes le chemin est long est non sans encombres, mais qu’il vaut le coup d’être parcourus.

« Je m’appelle Inès GARLAND, j’ai 20 ans et je suis une rescapée de 6 ans d’anorexie mentale qui à bien failli me retirer la vie.

Dès mon plus jeune âge la vie ne m’a pas vraiment épargnée. Bien trop curieuse de savoir ce qu’elle allait me réserver, c’est à a peine 5 mois et demi que je décide de sonner à la porte du ventre de ma maman. Non sans conséquences : je suis atteinte d’une Infirmité Motrice Cérébrale. Cela signifie que les commandes motrices de mon cerveaux ne sont pas aptes à répondre. Je vis donc en fauteuil et subis une multitude d’opérations pendant une dizaine d’années pour tenter de m’aider à marcher. Échec. J’aurais donc à vie, comme compagnon de route, mon fauteuil roulant. 

A l’âge de 14 ans je suis tombée dans la spirale infernale, vicieuse et silencieuse de ce que l’on appelle l’anorexie mentale. Pourtant, je faisais partie de celle à qui les parents ont toujours dit que j’étais une petite fille belle et intelligente. Mais en moi tout cela sonnait faux : j’étais « dégueulasse », « moche » et « conne ». Ces mots sont peut-être durs mais je n’ai jamais souhaité adapter mes dire, très représentatifs de mes pensées, pour « faire jolie » ou encore plaire aux autres. 

Je n’avais pas choisi ce qu’il m’était arrivé jusqu’alors. Et la seule solution qui m’a paru évidente fut de contrôler mon corps, tout simplement pour être libre de choisir qui j’étais. J’ai tout compté, pesé, observé, trié. Ma vie était contrôlée et mécanisée : « Je réduis mes apports, tout le temps et toujours plus ».

Les mois passent, mon corps petit à petit se vide. Je vomis 6 à 7 fois par jours,  sans compter le nombre de fois où mes parents me retrouve inconsciente dans la salle de bain. Dans ces conditions je suis obligée d’interrompre ma scolarité. À cette période l’anorexie gagne et bousille ma vie. 

Et puis un jour, j’ai pris moi-même la décision de me faire hospitaliser loin de ma famille. J’ai alors choisi de lâcher prise, de perdre le contrôle. De me laisser l’autorisation de rêver à la douce odeur de la vie et de sortir petit à petit de ma chrysalide. J’étais fatiguée de compter, de survivre, mais surtout j’étais fatiguée d’être fatiguée. 

Le 20 Juin 2016, je suis sortie de l’hôpital suite à 3 mois d’hospitalisation après avoir été sondée et avoir eu un pronostic vital engagé. A moi la liberté, la vie ! Vas-y fonce, me suis-je dit ! Je me suis jurée que plus jamais, je ne renoncerai à vivre ! C’est pourquoi j’ai entrepris de créer ma propre association Solidarité Anorexie Boulimie 54. Je souhaite que mon histoire puisse aider toute personne aux prises des troubles du comportement alimentaire à s’en sortir. Maintenant, prenons les armes et battons-nous ! 

Aujourd’hui, avancer signifie pour moi : être tournée vers l’extérieur, l’avenir. Alors bien sûr on n’efface pas 6 ans d’anorexie en 3 mois d’hospitalisation, mais, je sais trop bien à quel point ma vie est précieuse. Désormais, je ne procrastinerai plus et  je sourirai à la vie parce qu’elle me sourira en retour ! La vie a repris le dessus : j’ai appris à aimer et être aimée. Mais les choses ne se font pas du jour au lendemain et cette réconciliation entre moi-même et mon corps je la mène encore aujourd’hui. Il est difficile d’apporter de l’affection, à ce corps qui change, ce corps de femme qui est pour les autres normal, mais qui pour moi pendant des années a été la source de mes angoisses, et dont ma seule envie était d’y renoncer. 

Chaque jour est une épreuve, j’essaie de m’octroyer des moments à moi, j’ai cette chance d’avoir une sœur jumelle qui durant la maladie est restée dans l’ombre mais qui au fond avait tout comprit. C’est en partie grâce à elle que j’apprends chaque jour à aimer ce « nouveau moi », c’est long, parfois la maladie essaie de reprendre le dessus mais je ne lâche rien. JAMAIS. 

Il est temps pour moi d’enlever cette carapace, de respirer. D’inspirer et d’expirer pour sentir cette bonne odeur de la vie. C’est difficile, long, éprouvant et fatiguant. Mais à plusieurs : Nous et Vous, on peut y arriver. Je n’ai pas choisi que l’anorexie surgisse dans ma vie. « J’ai été anorexique ». Voilà comment débutera ma nouvelle vie. »

Pour retrouver l’association d’Inès c’est par ici :
Solidarité Anorexie Boulimie 54
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